Ma cheminée

Nous avons acheté cette ferme alors que nous vivions en Afrique et à notre retour nous nous sommes attaqués aux travaux, faire du chais un logement pour nous quatre.

Évidemment une immense ouverture pour laisser passer les engins agricoles ce qui obligeait à créer une mezzanine et une tout aussi grande porte-fenêtre. J'ai réalisé un dessin inspiré, très lointainement, d'un voyage en Alsace : maisons-fermes, en ville, des vignerons qui possédaient des portes aux fenestrons en forme de petit losange.

Premier impératif : utiliser ou conserver un maximum de bois, poutres, parquets, cloisons et différentes essences nobles, châtaignier, orme.

Second impératif : concevoir et construire une cheminée, un rêve... d'enfance peut-être.

A ce sujet j'ai fait des recherches pour lui donner les dimensions idéales pour un bon tirage et un fonctionnement optimum.

J'en ai dessiné le plan.

J'ai cherché une carrière qui me convienne et, à Auriac-sur-Vendinelle, j'ai trouvé de belles pierres légèrement rosées.

J'ai déniché un tailleur de pierres et ai bataillé dur pour qu'il les taille de la plus grande dimension possible alors qu'il était habitué aux petits cubes.

Je me suis procuré une très belle poutre en orme, en ai dessiné l'assemblage à mi-bois, à l'ancienne. Douceur, sensualité du bois finement poncé puis ciré.

Dans une casse, tout à fait par hasard, j'ai découvert une grande et épaisse pièce ronde issue d'un moteur de locomotive. Elle m'a servi de base et a conduit à une organisation en rosace des briques réfractaires. Percée de trous confortables, elle permet l'aération, par en-dessous, des bûches.

Par la suite nous avons installé un système de chauffage totalement inefficace et deux récupérateurs de chaleur, sans plus de succès.

On peut dire que je me suis investie mais...

Bref, ma très belle cheminée n'a pratiquement jamais servi : quelques flambées pour le plaisir de nos yeux, quelques crépitements joyeux pour la délectation de nos oreilles.

Rien de bien sérieux en somme.

Beaucoup plus tard, les filles étant grandes et mon mari s'étant évacué, j'ai fait installer une clim réversible très gourmande en watts.

De plus comme j'ai un tarif EJP, extrêmement cher en certaines périodes, je grelottais 22 jours, au moins, par an. Je supportais des températures de 8-10° ou même beaucoup moins. Et puis l'année dernière mon corps a dit stop, mon organisme a dit niet : il s'est mis à revendiquer, à souffrir, à se contracturer intensément et douloureusement.

Cette année Laure a décidé de me payer un poêle à bois. Nous avons réfléchi à plusieurs solutions. Je suis allée à Puygouzon faire le tour des fabricants et installateurs mais, comme à son habitude, elle a pris les choses en main et s'est dirigée vers son magasin préféré. La mode est aux poêles hauts, impossibles à installer dans ma, pourtant large et haute, cheminée.

Et elle a trouvé un adorable petit poêle à base ovale qui s'insère parfaitement dans le cercle formé par ma plaque.

Elle n'avait pas vraiment de souvenir exact de sa forme ni de sa dimension.

Il n'y en avait qu'un... et c'était celui-là

Je craignais la contrainte d'alimenter régulièrement le feu, d'aller chercher les bûches , de les ranger, de nettoyer quotidiennement la grille et remplir l'immense tiroir à cendres.

En fait j'aime

et beaucoup même.

Plaisir de craquer des allumettes.

Partagé avec Françoise Lhéritier.