ma première injustice

Ma première - grosse – grosse injustice ressentie – ma première révolte.

J'ai quatre ans et je dessine un lièvre – pas un lapin – un lièvre. Il est beau, réaliste, vrai, saisi dans son effort, les bons contours, les bonnes oreilles, les bonnes couleurs.

Papa - avec qui je ne vis pas – le découvre et me dit : « ce n'est pas toi qui l'a dessiné ».

Je proteste, de toutes mes forces de petite fille devant l'autorité, j'implore de me croire, je supplie, je conjure.

Rien n'y fait, je n'arrive pas à le convaincre.

Alors péremptoire, il abat son dernier argument : « si c'est toi tu n'as qu'à le refaire ».

Je m'y attelle mais stress, angoisse, le résultat n'est pas au rendez-vous.

Il exulte : « bien sûr, ça ne pouvait pas être toi, j'en étais certain ».

Mais moi - je savais...

Maintenant encore, une anxiété me saisit quand je dois recopier un de mes dessins, refaire une de mes peintures. La peur au ventre.

Alors pour l'exorciser – justement – je recommence – je fais de nombreux essais dans ma pratique –  j'amoncelle les séries - je peaufine – je complète – j'approfondis.

Et ainsi je progresse